Mots-Ment-Songes
Ce matin j'ai réalisé qu'à présent tout était simplement vain. J'étais réellement prête à faire des tonnes d'efforts, avant de lire ça.
Tout ce que je vois dans ton texte, ce sont des mots bien trop extrêmes pour être neutres, et des accusations pour la plupart infondées.
La vérité, c'est que c'est toi qui es devenue trop fière pour instaurer un réel dialogue, que tout ce que t'as su faire depuis le début de ces "histoires", c'est ça, ce ramassis d'insultes sur un blog, et quelques réponses pleines de négligence à mes messages. C'est tout ce dont t'as été capable. Me reprocher ici de "tracer ma route", tout bêtement parce que je construis une vie loin, alors même que je suis la seule de nous deux à prendre des nouvelles, à ne pas redoubler de froideur. Tout ce que tu fais, tout ce que tu dis est facile. Je n'ai pas besoin de ton air suffisant pour me remettre en question.
Je ne sais pas qui tu es pour te permettre de coucher toutes ces phrases à mon sujet, pour prétendre en savoir autant, après des mois à ne s'échanger que des bribes d'informations superficielles. Et je ne sais pas qui tu es pour prétendre avoir été la seule à croire en moi. Ca m'a fait beaucoup de peine, en lisant ça une première fois, de découvrir que tout ce à quoi tu résumes notre passé, c'est ça. Ca m'a profondément blessée, de lire ton " De rien pour le temps perdu à te ramasser à la petite cuillère.", balancé comme si je n'avais jamais été là pour toi. Et puis surtout, balancé alors que tu connais mes difficultés à m'ouvrir à quelqu'un. Pour moi, c'est une des plus belles choses que t'ai réussi à écraser chez moi, la peur de me montrer vulnérable. A tes yeux aujourd'hui, c'était du temps perdu.
Ca m'a d'abord foutu les boules, puis j'ai simplement compris que je ne le méritais pas.
Ma vie me plait, mais tu n'en a aucune idée, pour ne pas me l'avoir demandé une seule fois. Je ne suis pas quelqu'un d'autre, je suis juste devenue moi-même, encore un peu plus. Pour la première fois j'ai choisi certaines choses, et c'est comme ça que je suis heureuse... Alors, oui, je crois vraiment en ce que je fais, et pire, en ce que je deviens. Mais c'est peut être plus facile pour toi de penser que ces chemins que j'emprunte ne relèvent que de futiles caprices.
L'ancienne Hélène me manque, mais je n'ai pas besoin de celle qui se pense assez au dessus pour ne s'inquiéter que de ses propres états d'âmes. Celle qui se fiche de savoir que j'ai été blessée par ses mots. Il veut dire quoi, déjà, le point d'interrogation sur ton poignet?
Teenage Dream. C'est la fin de l'été. Une soixantaine de merveilleux jours. Je reviens, dorée, de beaucoup de rires et de chaleur, et de quelques semaines de tête qui tourne.
J'me souviens de tas de choses, de la visite du futur appartement, si vide à l'époque, dépouillé de vécu, je me souviens que j'étais mal ce jour là, à cause de toi. On avait écouté des chansons d'amour débiles en revenant, dans la voiture avec Hélène, il pleuvait. Il pleuvait.
On s'était retrouvées le soir même. Sous cette même pluie, vers la laverie. On s'en foutait. Il y a eu de nombreuses heures et puis je suis rentrée, ton sweat sur les épaules, et un sourire aux lèvres.
C'était la fin de l'été, la fin des nuits à s'embrasser devant tous les clips qui passaient, la fin des nuits qui duraient deux jours entiers, la fin des jolies soirées avec leurs bouilles, des concerts et festivals, la fin des après midi allongées toutes les deux dans l'herbe du parc, la fin des virées espagnoles et des fous rires à s'en faire exploser la voix. Tu venais de la quitter pour moi, après m'avoir attendue, attendue. J'avais dit oui, enfin. C'était la fin de l'été, la fin des bêtises.
C'était la fin de l'été, mais pour la première fois j'avais l'impression que c'était le début de quelque chose.
On a emménagé tous les quatre. J'aimais bien cette époque. On riait tous tout le temps, tout était léger. Je me sentais à ma place.
C'était un nouveau tournant. Je comptais recommencer, et bien cette fois. Je rencontrais tout un tas de gens que j'adorais tout de suite. Et le soir,en rentrant, c'était plus 9m² vides de sens, c'était une espèce de famille, drôle et décalée, et quelques bouteilles.
« Il y a ton sourire ». Les sentiments enflaient. Enflaient, enflaient. Je me souviens assez bien, qu'on était aussi effrayées qu'heureuses. Je me souviens bien, que je ne comprenais pas, ce qui m'arrivait. Et souvent, je me disait simplement « tant pis ». Et ça marchait comme ça.
Y'a eu ton départ à Londres et dix jours qui nous ont paru interminables.
La pluie arrivait un peu. « tous les chemins mènent à la fuite. » On a passé un premier orage. J'étais fragilisée. Mais déterminée à continuer.
J'ai pas mal pesé le pour et le contre... Entre vous deux. Il y a eu des moments où t'avais besoin de moi, et où je m'interrogeais un peu trop à son sujet pour être complétement là. Tu le sentais bien.
On a quand même continué à construire.
Je suis tombée amoureuse. Toi aussi. C'est à un autre moment où on s'est perdues qu'on l'a compris..On s'est une énième fois retrouvées.
Peut être bien que c'était n'importe quoi. Ca a duré, tout ce bonheur, et puis.. Tu sais, ce jour là, dans le bus, ta tête contre mon épaule, je l'ai senti. Je savais qu'on allait se perdre pour de bon. C'était terrible comme sensation. Il n'y avait rien, aucune preuve, à part ta suspicion. T'as compris que je doutais trop. Et puis t'as eu peur.
On montait, et je savais que cette soirée serait notre dernière, et je faisais tout pour que ça passe très vite. Maintenant que j'ai les pièces manquantes, je comprends tout. Je comprends le froid qui a suivi, le malaise affreux. Baiser furtif devant la gare. Au revoir. Attente.
Je voulais juste que tu me gueules, combien je t'avais déçu, que tu me gueules à ce moment là, et pas sept mois plus tard, que tu pensais que je te trahissais, à quel point tu te torturais.
A la place il y a eu cet affreux 31 octobre. Ces cinq minutes immondes sur cette nationale, à m'embrasser comme si j'étais une pute. Maintenant, je sais pourquoi. Cette nuit là j'en savais rien. Je comprenais pas tous les reproches que je lisais dans tes yeux. La putain de rancoeur dans ta voix. Au revoir, encore. Le dernier. Le plus immonde.
Je suis rentrée, m'asseoir sur ce canapé. Elle a mis cette chanson, qui m'a brulé le coeur. « Oh, he's under my skin , just give me something to get rid of him ». J'avais envie de vomir du vide.
Je crois que c'est à cet instant que tout a perdu des couleurs.
On a fini par vraiment rompre. Soulagement et désarroi.
Je ne pouvais plus rester seule. Trente minutes de tramway devenaient un supplice. C'était les premières fois de ma vie où je ne pouvais retenir mes larmes en public. Les gens étaient gentils, les gens sont toujours gentils quand tu sors d'une rupture difficile. Ca rend ton mal être un peu légitime. Il y avait encore ces milliers de choses que je ne comprenais pas.
« A Promise »- il ne fallait pas que je l'écoute, et puis tant pis.
Toutes ces semaines où je n'avais envie de rien d'autre, et même pas de toi, en fait, de rien tout court. J'ai encore une fois décroché des cours.
Le film repassait dans ma tête. Encore et encore. Et encore. Je décortiquais sans comprendre grand chose, sans même me comprendre moi-même.
J'étais loin de tout. Loin des choses, des gens que j'aimais, loin des endroits où mon corps se rendait.
J'avais besoin qu'on comprenne et on aurait dit que personne ne comprenait.
« Hero ».
Je n'y pensais plus beaucoup. A cette période de l'année. Ce terrible vide. Ces terribles maux. Cet air. Chargé de désespoir.
Ce soir je me souviens bien de toute cette pluie. Octobre, novembre. Comme je t'aimais. Je me souviens de Déborah, de l'odeur des pancakes dans l'appartement, du coeur serré et des soirées pleines mais vides. Pleines de bruit... Je me souviens de Hero, dans un coin de la cuisine.. De cette voix, de ce murmure désespèré, « it's alright, it's alright.. » qui semblait sortir de mon putain de coeur... Je me souviens de la colloc' toute fraiche, de leurs jolis sourires que je ne voyais qu'à travers une vitre embuée de larmes, un voile gris et sinistre. Des soirées passées dans les bars, les soirées où j'aurais du rire, ou je ne pouvais pas, même en rassemblant chacune de mes infimes forces. J'avais tant besoin de quelqu'un, je me sentais si seule, si seule, bien qu'entourée. Je me souviens qu'ils faisaient leur possible. Je me souviens de ces jours où je n'arrivais plus à vivre. Où les larmes montaient n'importe où, n'importe quand. Je me souviens que je n'avalais plus rien, que je dormais mal puis trop, que j'errais, dans quelques mètres carrés, dans les rues sinistre de Grenoble. Je me souviens, « it's alright, it's alright... » sous la pluie. La gorge perpétuellement nouée. Je me demandais, où tu étais, si tu y pensais autant que moi.
Il n'y avait plus que ça. Que cette douleur atroce et permanente. Je me souviens que rien n'avait de saveur.
Ce jour là à me perdre... Cette nuit agitée par les substances de la veille, et puis je ne sais plus, réveil brutal, cheville douloureuse, la gare, le train loupé, les larmes, la douleur, l'envie de disparaitre aussi forte qu'il y a de nombreuses années, quelques messages, assise sur un bout de trottoir, le coeur en champ de bataille, une voiture qui me prend, ses plaintes et ses maux à elle, elle qui ignore mes larmes.
Lyon.. Les larmes. Les guitares, la voix douce et puis enfin.. J'explose un peu. C'est beaucoup trop. All of me.. Je me souviens bien maintenant. C'était à la fois très beau et terrible. Tout retombe. Tout mon désarroi, tous les noeuds de mon coeur. Immergés.
J'errais. Je ne vivais réellement plus. Tout passait autour de moi. Ca s'agitait. Je crois que c'était pire qu'il y a des années.
Il ne restait que les souvenirs d'un été bien trop doré. Plus que ça.
Il y a eu un mois de décembre pas très gai. J'ai fait n'importe quoi.
Puis je ne sais pas. J'ai fait table rase. J'ai décidé d'arrêter d'écouter toutes ces chansons, de respirer le même parfum, j'ai changé mes meubles de place, j'ai laissé tout ce qui me rappelait nous deux ou avant, de force, puis j'ai appris à vivre sans. Sans y croire au début. C'était comme survivre dans le néant. Tout reconstruire. Entre-deux angoissant. Ça a commencé avec Biolay. C'était triste mais au moins ça ne me rappelait rien.
Ca me faisait du bien d'être loin d'elle.
Montpellier.. Il fallait partir un moment. Loin de tout ça. Voir un peu le soleil se lever, se coucher, réchauffer ma peau. Danser et rire un peu. Il fallait du recul.
C'est à ce moment que j'ai compris.
Je me suis senti libre. Tout reprenait un sens. Je devenais quelqu'un, à nouveau. Avec des envies et des idées. Il y avait de la lumière partout, ça aidait à respirer. Tout ce vide qui avait duré, duré, trop duré, il devenait un espace immense pour vivre, tout ce vide devenait ma Liberté. Somewhere over the rainbow.
Je créais à nouveau.
Le soleil se levait, après de longs mois. Le véritable oxygène arrivait peu après. Elle arrivait. Elle revenait, malgré mes faux pas. Je la retrouvais, et cette fois, c'était le bon moment. Après tous ces moments à se croiser.
« I need you ».
C'est dans ses bras que j'ai repris goût à tout.
Il fallait voir ça. Comme je rêvais à nouveau. C'était simplement beau. Magique. Ca paraissait irréel... Ça a duré. Ça dure.
J'ai pu tourner une lourde page. Parce qu'elle a su m'aider à y croire. Parce qu'elle a été tout ce qu'il fallait être. Malgré ma bêtise, parfois. Elle a toujours eu les mots. Parfois, j'ai l'impression qu'elle sait réellement tout de moi.
La vie a simplement eu une nouvelle saveur.
Un petit tournant, le sud à nouveau, les premiers rires avec eux depuis des siècles, et une peur atroce en la voyant mal.
Des froids, amicaux surtout. L'appartement un peu vide.
D'autres perspectives, la décision de partir et de recommencer autre chose.
Malgré tout ça, sa présence, toujours, toujours. « Perfect Day. » La chanson qui résume tout, qui résume notre monde irrésumable.
Ses yeux dans la nuit, son corps, sa main, l'oxygène, le soleil dans ses cheveux, revivre, vivre, vivre, vivre. Des peurs, des cris, des douleurs, surpassés, parce qu'il y a pire que ça, il y a plus fort. Il y quelque chose d'invincible dans notre osmose.
Je ne sais pas. Il faut que je décide. Il faut que je décide.
Continuer, genre, droit, bien.
Ou..
Putain, putain. L'image me colle à la peau, je ne peux leur donner raison. Je ne peux continuer à être celle que j'ai montré à tous depuis des années. C'est pas sérieux.
Mais, attirant.
C'est comme ça.
Découvrir, tu sais. Ce que je préfère. Ce que j'aime par dessus tout.
Donc, je ne vaux pas mieux que ça?
Dur.
"Je [...]" . Comme avant. Comme..
Fascination.
Suite.
Suite?
Avancer, bien ailleurs, bien autrement, tout laisser, tout, tout, sauf mes jambes et mes carnets.
Avancer, se croiser? Un moment, juste un moment, parce que ça m'apporterait beaucoup.
Oui, ou bien, juste ça. Rien de méchant.
Qu'est ce que tu attends de moi? Qu'est ce que vous pourriez attendre de mon manque de courage? De mon insensé dédain? D'une âme qui étouffe? De la douleur nichée au coeur de mon oeil? De ma trop fréquente négligence?
Je ne sais que trop précisément qui je suis. J'en sais trop, le monde fourmille le long de ma nuque, à l'intérieur de mon crâne, sur mes tempes, le monde hurle dans mes oreilles et dans mon sang, comprime mes poumons, je les regonfle de la fumée de ma cigarette, quelque chose veut sortir, quelque chose de fort, quelque chose de puissant... Quelque chose d'informe.
L'authenticité à un prix, les idées doivent avoir une forme, vite. On ne viendra pas me chercher. Parce qu'on n'est jamais venu me chercher. Je me débrouillerais, dans le sens où je ne me débrouillerais probablement un jour plus du tout.
Pas de structure. Pas de limites. C'est beau, les limites, finalement. J'aurais bien aimé en avoir plus tôt, pour être capable de m'en imposer aujourd'hui.
Quelque chose d'informe. Je ne vais pas quelque part. Le seul chemin que j'emprunte c'est le chemin du passé, pour tenter de comprendre un peu. Je rejoue les scènes dans ma tête, avec des ralentis, dans mes morceaux de souvenirs, que je colle, que j'étire dans tous les sens, que je regarde sous tous les angles.. Rien. Rien... Je modèle, j'étiquette, rien de nouveau, rien ne sort, rien ne vient.
Aujoud'hui peut être que je pleure trop. Je pleure trop ce que j'ai retenu bien plus tôt. Je deviens une enfant. J'ai tout fait à l'envers.
Avant de passer quelques jours avec eux il y a quelque chose comme un mois, j'avais écrit que j'avais cette impression, l'impression que ça faisait des siècles qu'on ne s'était pas occupé de moi. Je ne me souviens même plus vraiment de ce que ça fait, parce que même si depuis le moment où Ils auraient du le faire, d'autre ont essayé, je ne les ai jamais franchement laissé.
C'est brouillon, il n'y a pas que ça... Il n'y a pas que moi, il n'y a pas que ma putain d'égocentrique personne.
Je savais que ma question ne résonnait pas comme celle d'une maitresse jalouse, plus comme celle d'un juge méprisant et impitoyable. Ce qui expliquait la rougeur sur ses joues suivie d'un gêné "Non, enfin bof. Surtout elle."
Elle ne mentait pas trop. Je crois qu'elle avait eu honte de distribuer des 'je t'aime' qui n'étaient pas pensés.
J'avais ri sadiquement.
C'était il y a longtemps, enfin, je ne sais pas, peut être pas tant que ça. Ca me semblait simplement loin, ce parc, son adultère, ce soleil, nos bisous et nos chamailleries, l'herbe, nous deux allongées dessus. Et mon coeur, encore à des années lumières de saisir ce qu'était l'amour, avec qui que ce soit. Ma bouche de nouveau incapable, depuis quelques temps, de former ces mots là. Je t'aime. Je t'aime.
Je ne mens jamais quand je les dis. Je les ressens chaque fois, de tout mon corps, de tout mon sang, avec la même intensité. Je ne veux pas banaliser ces mots là, alors je ne les dis que dans les Moments, les bons, les évidents. Les instants où rien ne semble plus juste, ou aucune Vérité ne pourrait étouffer celle là. Où rien d'autre ne pourrait être dit, de toutes façons. Je n'aime pas ces gens qui le disent facilement, à n'importe qui, suffisamment, n'importe quand, simplement.
Ca, et puis tout le reste. A quoi bon s'abreuver d'instants intenses jusqu'à les user, jusqu'à les épuiser, jusqu'à les exploser.
Moi, je veux rendre aux choses exceptionnelles la fraicheur et la rareté qu'elles méritent.
